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Qu’est-ce que le « climat social » ?
Vous souvenez-vous de l’époque où l’on fumait dans les lieux publics intérieurs et où les programmes de collecte sélective en bordure de rue n’existaient pas au Canada ? Au cours des 35 dernières années, l’acceptation du tabagisme et du recyclage a considérablement évolué grâce à des campagnes de sensibilisation, des politiques et des lois qui ont agi de concert pour changer les sentiments, les attitudes, les croyances et les opinions de la société à l’égard de ces deux comportements. Autrement dit, le « climat social » du tabagisme et du recyclage a changé. Par conséquent, on s’attend désormais à ce que les personnes qui fument le fassent à l’extérieur et à l’écart des autres, et à ce que les gens recyclent dans le cadre de la vie quotidienne.
Pourquoi le climat social de l’activité physique est-il important ?
Une façon d’amener les gens à modifier leurs comportements consiste à changer les normes sociales et les croyances à leur sujet. Selon les données les plus récentes de Statistique Canada sur l’activité physique, seulement 46 % des adultes, 52 % des enfants âgés de cinq à 11 ans et 21 % des jeunes de 12 à 17 ans respectent les directives nationales en matière d’activité physique. Les gens peuvent-ils être motivés à devenir actifs « comme les autres », tout comme ils ont été incités à arrêter de fumer et à recycler ?
Décomposer le climat social
Les êtres humains sont des êtres sociaux par nature. Ainsi, lorsque nous voyons d’autres personnes adopter un certain comportement, surtout celles que nous admirons, respectons ou auxquelles nous souhaitons ressembler, nous avons tendance à vouloir « nous intégrer » et à agir comme elles. Tout comme cela a été fait pour le tabagisme et le recyclage, la façon dont les gens au Canada définissent le fait de « s’intégrer » peut être changée en mobilisant les caractéristiques suivantes du climat social :
1. Les « normes sociales » correspondent aux modèles de comportements ou de croyances d’une société. Elles peuvent être descriptives ou injonctives :
- Les « normes sociales descriptives » reflètent la façon dont vous pensez que les autres se comportent. Le fait de croire que la plupart de vos collègues utilisent le transport actif, comme le vélo, pour se rendre au travail en est un exemple.
- Les « normes sociales injonctives » reflètent ce que vous pensez que les autres approuvent ou désapprouvent — par exemple, si vous croyez que vos collègues trouveraient admirable ou étrange que vous alliez au travail à vélo.
2. L’« évaluation sociale » consiste à choisir d’agir en fonction des sentiments ou des opinions des autres sur un sujet donné. Décider de se rendre au travail en voiture parce que vous pensez que vos collègues pourraient vous juger si vous alliez à vélo ou utilisiez le transport en commun en est un exemple.
3. L’« identité sociale » correspond à la façon dont vous vous percevez en fonction des groupes auxquels vous appartenez. Vous pourriez vous poser des questions comme :
- « Le fait de modifier mon comportement actuel m’aiderait-il à mieux m’intégrer à mes cercles sociaux ? »
- « Est-il approprié pour une infirmière ou un avocat d’aller au travail à vélo ? »
- « Fais-je partie d’une famille qui fait de la randonnée ensemble ? »
Exemple 1 : Réduire le tabagisme par un changement du climat social
Changer le climat social du tabagisme en dénormalisant ce comportement est un excellent exemple de la façon dont l’évolution de l’évaluation sociale et de l’identité sociale a mené à l’adoption de lois antitabac et à des changements de comportement. Cela a été réalisé grâce à :
- Des politiques limitant le tabagisme dans les lieux publics afin de réduire la visibilité de ce comportement et interdisant l’étalage des produits du tabac.
- Des campagnes de sensibilisation menées par des figures influentes, comme des professionnels de la santé ainsi que des groupes de familles et de parents, afin de rendre le tabagisme moins socialement acceptable.
Ces actions ont renforcé l’idée que le tabagisme n’est pas un comportement normal, modifiant ainsi son degré d’acceptabilité sociale auprès du public. Cela a mené à des politiques restreignant encore davantage le tabagisme afin de le rendre moins socialement acceptable, comme l’interdiction de fumer dans un plus grand nombre de lieux et l’imposition d’exigences en matière d’emballage.
Exemple 2 : Augmenter le recyclage en changeant le climat social qui l’entoure
Les taux de recyclage ont progressivement augmenté au Canada depuis le milieu des années 1990. Bien que cela s’explique en partie par un meilleur accès aux programmes de recyclage, les changements apportés au climat social du recyclage ont été déterminants dans l’adoption de ce comportement. Cela a été réalisé grâce aux mesures suivantes :
- Des activités d’éducation du public sur les avantages du recyclage, menées par des personnes influentes comme des scientifiques et des militants environnementaux. Cela a rendu le tri des déchets plus socialement acceptable et le fait de jeter des matières recyclables à la poubelle moins socialement acceptable.
- Des bacs de recyclage bleus installés devant les maisons, les lieux de travail et les écoles. Ils ont servi de rappels visuels de la mesure dans laquelle les autres recyclent.
- Des messages axés sur la responsabilité collective, comme le fait de faire partie d’une communauté qui contribue à garder la planète propre.
- Des slogans comme les « 3 R : Réutiliser, Réduire, Recycler » mettaient en évidence l’appartenance au groupe chez les personnes qui recyclaient.
La normalisation du recyclage l’a rendu plus socialement acceptable et a fait en sorte qu’il soit attendu que les gens le fassent régulièrement. Si vous vous êtes déjà demandé si quelqu’un vous jugerait pour avoir jeté une bouteille en plastique vide à la poubelle plutôt que dans le bac bleu, c’est le climat social à l’œuvre.
Bien que le fait de changer le climat social ait contribué à réduire le tabagisme et à augmenter le recyclage à l’échelle nationale, ce n’était pas le seul facteur en jeu — l’imposition de taxes ou d’amendes pour le tabagisme ou le non-recyclage, la sensibilisation aux avantages du recyclage et aux méfaits du tabagisme, ainsi que les politiques interdisant les produits du tabac ont également joué un rôle.
Appliquer les caractéristiques du climat social à l’activité physique
- Normes sociales descriptives : à quel point vous pensez qu’il est courant de voir les autres être actifs. Une façon de changer les normes sociales descriptives liées à l’activité physique pourrait consister à installer des affiches indiquant qu’il est courant de prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur ou de faire du vélo dans un quartier donné.
- Normes sociales injonctives : si vous pensez que les autres approuvent ou désapprouvent l’activité physique ou l’inactivité. Pour changer les normes sociales injonctives en milieu de travail, par exemple, les organisations peuvent mener des campagnes afin de montrer leur approbation du transport actif pour se rendre au travail.
- Évaluation sociale : vous percevez l’activité physique comme un comportement positif, ce qui vous donne envie d’être actif parce que les autres considèrent que c’est une bonne chose. Des témoignages sur les bienfaits de l’activité physique et des personnes qui en font la démonstration sont deux exemples d’utilisation de l’évaluation sociale.
- Identité sociale : les gens se construisent une identité en faisant partie de groupes sociaux ; ainsi, fréquenter un groupe actif, comme un club de marche, une équipe sportive ou un cours d’entraînement, est une façon de favoriser la participation à l’activité physique.
Le climat social actuel de l’activité physique au Canada
En 2018, le Comité consultatif de recherche de ParticipACTION a réalisé le tout premier examen du climat social de l’activité physique au Canada (en anglais seulement) au moyen d’un sondage national. Ils ont mené à nouveau le sondage (en anglais) en 2023 afin de déterminer si des changements étaient survenus dans le climat social de l’activité physique. Voici ce qu’ils ont constaté :
- Au Canada, la population continue de considérer l’inactivité physique comme un enjeu important de santé publique.
- Un plus grand nombre de personnes ont déclaré voir d’autres personnes faire de l’exercice (46 % en 2023 contre 39 % en 2018).
- Moins de personnes ont déclaré voir d’autres personnes marcher ou se déplacer en fauteuil roulant dans leur quartier (45 % en 2023 contre 56 % en 2018).
- Un plus grand nombre de personnes ont déclaré voir des enfants jouer dans leur quartier (34 % en 2023 contre 26 % en 2018).
- Un plus grand nombre de personnes ont indiqué que la plupart ou la totalité des personnes importantes pour elles respectent les directives nationales en matière d’activité physique (22 % en 2023 contre 13 % en 2018).
Ces résultats suggèrent que certains aspects du climat social de l’activité physique évoluent vers un contexte plus favorable à l’activité physique.
Panneaux « Sans issue » pour les véhicules et les piétons à Toronto
En 2021, la Ville de Toronto a commencé à installer des panneaux « Sans issue » qui précisent les modalités d’accès pour les véhicules et les piétons. Ces panneaux contribuent à normaliser le transport actif dans la ville (norme sociale descriptive) et donnent aux gens la permission d’utiliser des trottoirs et des sentiers qu’ils n’auraient peut-être pas cru accessibles (norme sociale injonctive).
Le programme de « vélobus » à Hay River, dans les Territoires du Nord-Ouest
En juin 2024, la municipalité de Hay River (Communauté la plus active au Canada en 2024) a lancé un programme de « vélobus » dans le cadre duquel des élèves du primaire pouvaient se joindre à des trajets à vélo encadrés par des bénévoles pour se rendre à l’école le long d’itinéraires déterminés. Les parents et leurs enfants voient régulièrement le vélobus, ce qui normalise le transport actif pour se rendre à l’école (norme sociale descriptive). Le fait que le service des loisirs de Hay River ait organisé le programme constitue une approbation officielle de la municipalité (norme sociale injonctive). S’inscrire au programme de vélobus amène les élèves à s’attendre à voir d’autres élèves y participer (identité sociale).
Dispositifs de comptage des cyclistes à Montréal, Calgary et Waterloo
Ces villes ont installé des dispositifs qui comptent et affichent le nombre de cyclistes ayant emprunté certaines pistes cyclables chaque jour et tout au long de l’année. Cela contribue à normaliser le transport actif et à appuyer le développement d’infrastructures dédiées aux cyclistes (normes sociales descriptives). Voir les mises à jour en temps réel peut également aider les cyclistes à ressentir un sentiment d’appartenance à un groupe lorsqu’ils contribuent chacun au décompte (identité sociale).
Les avantages de changer le climat social de l’activité physique au Canada
Un nouveau climat social de l’activité physique pourrait :
- Aider le Canada à augmenter les niveaux d’activité physique de 15 % en valeur relative d’ici 2030 afin d’atteindre les objectifs nationaux et les cibles de l’Organisation mondiale de la Santé.
- Réduire de façon significative les coûts des soins de santé publics et accroître la productivité, améliorant ainsi l’économie du Canada et la qualité de vie globale de sa population.
- Contribuer à créer une planète plus saine grâce à une utilisation accrue du transport actif, y compris le transport en commun.
- Réduire les obstacles à l’activité physique afin de la rendre plus pratique, abordable et inclusive, et faire en sorte que bouger devienne une partie attendue, acceptée et régulière de la vie quotidienne.
Changer le climat social de l’activité physique à l’échelle nationale ne se fera pas du jour au lendemain. Mais comme on l’a constaté avec le tabagisme et le recyclage, c’est possible. On observe déjà des signes indiquant que davantage de personnes voient les autres être actifs autour d’elles, et vous pouvez contribuer à maintenir cet élan.
Cette semaine, choisissez une façon simple d’être vu en train de bouger par les autres. Que ce soit en vous joignant à un groupe de marche, en choisissant le vélo plutôt que la voiture ou en invitant une personne qui vous est chère à bouger avec vous, chaque geste peut contribuer à faire du mouvement la norme au Canada.

